Manger local et de saison

Réel enjeu de société et, malgré tout, victime de la grande distribution, la consommation locale connaît un regain d'intérêt vis-à-vis des consommateurs, toujours plus soucieux du contenu de leur assiette.



La consommation locale se pratique depuis la nuit des temps, entraînant avec elle toute une vie économique et sociale. Pourtant le milieu du 20e siècle a vu naître les premiers supermarchés faisant peu à peu disparaître les ventes en direct et les petites épiceries locales. Les étendues commerciales toujours plus grandes proposant des produits à des prix toujours plus compétitifs se sont peu à peu installés dans le paysage français. L'ère de la guerre des prix, des intermédiaires, de la sous-traitance, aux dépens de la qualité, de l'origine et de la juste valeur du produit, est née et a gagné du terrain.

Aujourd'hui, les modes de consommation changent. La grande distribution fait face à des consommateurs qui souhaitent se réapproprier leur consommation, savoir ce qu'ils mangent et qui, de plus en plus, veulent soutenir l'économie locale autant que possible. Consommer local, autrement dit acheter des produits qui n'ont qu'un seul, voir aucun, intermédiaire devient un engagement citoyen. Acheter des produits qui proviennent des villages environnants, qui soutiennent l'économie locale et qui sont meilleurs pour le consommateur et le producteur, reprend tout son sens dans une société en pleine mutation.


Consommer local, un gage de qualité et d’engagement pour le consommateur

Que signifie consommer local, pour le consommateur ? Dans cette démarche, le consommateur cherche avant tout la qualité du produit. Qualité qui passe évidemment par le gout mais également par sa qualité nutritionnelle, sa fraîcheur ou encore sa provenance.

Plus locale sera la provenance des produits, moins les transports seront utilisés et moins de temps se sera écoulé entre lieu de production et lieu de vente. La fraîcheur est là ! Et qui dit local et fraîcheur dit à priori respect des saisons et récolte à maturité, et donc qualités nutritionnelles et gustatives bien supérieures.

Prenez l'exemple d'une tomate. En achetant une tomate en août en direct à la ferme, vous avez un produit frais qui n'a pas connu les transports et qui a bénéficié d'un ensoleillement naturel jusqu’à maturité. Cette tomate gorgée d'eau est riche en vitamine C et en carotène (avec notamment le lycopène), deux antioxydants alliés de l'été. Au goût, la tomate de saison est, selon les variétés, plus acidulée ou plus fruitée. Elle est également plus juteuse, ce qui en fait un atout incomparable pour les salades et les sauces. Quoi qu'il en soit, elle se déguste avec envie. En achetant cette tomate l'été, vous soutenez une agriculture qui respectent le cycle naturel de la vie du fruit, vous respectez la biodiversité et n'impactez pas l'environnement de manière négative. En outre, en achetant cette tomate l'été, vous soutenez le travail d'un maraîcher. Il existe une véritable reconnaissance du travail fourni pour la récolte de ce fruit, pour la préservation de la nature, de la biodiversité. Par comparaison, acheter une tomate l'hiver, c'est générer 7 fois plus d'impact carbone, obtenir moins de nutriments, se priver du goût et c'est soutenir une agriculture industrielle, le plus souvent hors du territoire métropolitain, qui ne prend pas en compte le cycle naturel et donc la saisonnalité du fruit.

Lorsqu’on parle de local, on parle d’un produit proche de chez soi. Consommer local est également souvent associé à la volonté de soutenir un mode de production durable. Aujourd’hui, de nombreuses fermes ouvrent leurs portes pour faire découvrir les principes de l’agroécologie, de la permaculture, de la biodynamie, de l’agriculture biologique. La plupart du temps, ces modes de production durables sont liés et constituent un faire-valoir auprès du consommateur. De plus, en connaissant l’origine du produit, le consommateur sait quelle région, quelle ville, voire quel producteur il soutient financièrement. Et ce n’est pas rien. Aujourd’hui, en France, les consommateurs sont prêts à dépenser un peu plus pour l’achat d’un produit lorsqu’ils savent que cette différence sert à financer le travail d’un producteur de la région.

Cette proximité est aussi un facteur essentiel au maintien d’un lien social, pilier des relations commerciales. Pouvoir parler au producteur, au maraîcher, à l’épicier facilite l’achat et constitue surtout un gage de confiance. C’est le seul moment où le consommateur peut poser des questions sur les produits et où le producteur va être au contact avec ses clients. La majorité des maraîchers, des producteurs, des vendeurs en production locale sont des passionnés qui aiment transmettre leur savoir, partager un moment convivial, parler, juste comme ça, parce ce que le lien social est nécessaire à chacun et donne vie aux produits.

C’est aussi pendant ces échanges qu’on va prendre conscience du prix des bonnes choses, de la qualité du produit. Le maraîcher ne va pas brader ses légumes pour le plaisir des portefeuilles. En achetant directement chez le producteur, on évite les intermédiaires et donc la guerre des prix cassés imposés par la grande distribution ? Cela n’implique pas, néanmoins, une diminution des coûts et donc des prix de vente. En effet, à cause de la grande distribution, le consommateur s’est habitué, a été « éduqué » à des prix toujours plus compétitifs. Cependant, ces prix bas ne correspondent pas au travail réel, réalisé pour la production de ce produit. Ils sous-évaluent un travail, ne prennent pas en compte les conditions salariales, la juste rémunération, et ne soutiennent pas l’économie locale. Les prix toujours plus bas impliquent les faibles revenus pour les producteurs et/ou les salariés, voire de l’exploitation salariale. On peut ici penser aux femmes de Huelva, en Espagne, qui ont manifesté contra l’exploitation sociale et sexuelle des travailleuses des champs de fraises, dénoncée depuis de nombreuses années.

Consommer local, c’est donc prendre également conscience du juste prix des produits et soutenir un travail de qualité rémunéré à sa juste valeur. Mais on s’aperçoit vite qu’en consommant local et de saison les prix ne sont pas forcément plus élevés, voire mois élevés, puisqu’il n’y a ni transport, ni intermédiaire, ni frais de distribution, de promotion ou d’emballage.

En achetant des produits de saison, vous respectez ainsi votre budget tout en soutenant une production durable respectueuse du cycle naturel.




Où peut-on consommer local ?

La consommation locale est en plein essor et les lieux de vente de produits locaux se diversifient. Les marchés traditionnels laissent place à de nouvelles formes, souvent participatives, de commercialisation. En voici un aperçu.

Le plus traditionnel, et souvent celui que l’on retrouve en vacances l’été, est le marché. Hormis dans les grandes agglomérations, où malheureusement la majorité des marchés est approvisionnée par de grandes plateformes professionnelles, telles Rungis pour l’Ile-de-France, les marchés français présentent une belle gamme des produits locaux. On ne parle alors pas seulement des produits alimentaires des environs mais également des créations artisanales, des créations vestimentaires et tout autre produit fabriqué localement. Le marché a ce quelque chose d’un autre temps où les gens prennent le temps de discuter, de prendre des nouvelles, de prolonger la balade autour d’un verre, d’un café. Le marché traditionnel des villes et villages français est un véritable amplificateur de lien social, qui promeut une économie locale.

Boudés il y a quelques années au profit de la grande distribution, la vente directe chez le producteur, voire via les magasins de producteurs, se développe à grand pas. La vente directe a toujours existé mais a souvent été réservée aux voisins, aux connaissances et connaisseurs à la recherche de bons produits. Les producteurs ont souvent peu, voire pas de temps à consacrer à la commercialisation et donc à la mise en avant de leurs produits.

Aujourd’hui même si les producteurs n’ont toujours pas plus de temps à accorder à la commercialisation, ce sont les consommateurs qui, par le bouche-à-oreille mais également par un vif intérêt pour les produits de qualité, vont faire l’effort de chercher et trouver les producteurs au plus proche de chez eux. Aussi, pour faciliter le travail de la vente, les producteurs vont de plus en plus s’organiser en « magasin de producteurs » et ainsi proposer plusieurs catégories de produits. Par exemple, un magasin pourra proposer des volailles de telle ferme, du miel provenant du site apicole voisin, ainsi que les fruits et légumes du maraîcher basé à quelques kilomètres. Le site www.magasin-de-producteur.fr référence plus de 300 magasins de producteurs dans toute la France.


Pour les consommateurs qui n’auraient pas la chance d’avoir des marchés et/ou des ventes directes à proximité, de nouvelles formes de vente, plus proches des villes, se mettent en place. C’est par exemple le cas du réseau Amap (Association pour le maintien de l’agriculture paysanne), qui met en relation le consommateur et le paysan, notamment sur des valeurs communes aux modèles de production. Le panier fourni par le producteur dépend uniquement de la maturité des produits et donc de leur saisonnalité. Le prix du panier permet au paysan de couvrir ses frais de production et dégager un revenu décent, tout en restant raisonnable pour le consommateur. D’autres structures, fondées sur un système similaire ou sous forme de coopératives, agissent également en ce sens. On pense ici aux jardins de Cocagne et à la Louve, également axés sur le soutien à l’agriculture paysanne et biologique autant que possible.

Aussi, pour les plus motivés, ou ceux qui souhaitent mettre la main à la pâte, de plus en plus de jardins communautaires et de jardins partagés voient le jour. Evidemment, cela se fait essentiellement dans les villes, là où l’espace pour posséder un jardin est quasi inexistant. C’est une alternative idéale pour les citadins qui souhaitent bénéficier de quelques mètres carrés pour disposer de plantes aromatiques toute l’année et d’un ou deux plants de tomates pour l’été. On est dans une démarche de réappropriation du vivant et surtout de partage. En effet, les jardins partagés sont le lieu idéal pour apprendre, transmettre, découvrir et partager un intérêt commun pour le jardinage ou tout du moins la nature.


Consommer local ou bio, que doit-on privilégier ?

Éternelle question qui fait surtout appel au bon sens. Et si, pour une fois on ne devait pas choisir ? Acheter un produit bio qui vient de l'autre bout du monde ne fait pas sens. Son impact carbone est beaucoup plus élevé qu'une aubergine locale achetée en plein été, même non bio. C'est de cette manière aussi qu'on recentre la consommation sur les produits de saison, adaptés aux terres locales.

Depuis les années 1980-1990, les consommateurs ont été habitués à disposer de produits exotiques provenant des 4 coins du monde sans même considérer leur impact environnemental. Manger des fruits et des légumes c'est bien, c’est bon pour la santé, néanmoins, outre l'aspect sanitaire il faut penser à l'environnement et au respect de la biodiversité. De fait si l'on considère que la cause environnementale est plus importante que le fait de jouir de produits exotiques toute l'année alors il faut reconsidérer son modèle de consommation. On oublie alors les mangues, les noix de coco et autres produits exotiques qui pour la plupart ont fait le tour de la terre pour se retrouver dans nos assiettes. Les tendances alimentaires occidentales liées au bien-être et à la richesse nutritionnelle ont des conséquences dévastatrices dans les principaux pays producteurs. Ainsi, la déforestation et les monocultures sont catastrophiques pour la biodiversité et les sols. Hormis dans le cas du commerce équitable, la forte demande occidentale implique une baisse des revenus des petits producteurs, qui tentent de survivre face aux très grands producteurs et aux intermédiaires qui accroissent leurs marges commerciales.



On privilégiera donc les aliments produits dans la région, ou tout du moins sur le territoire français. Par exemple, la Corse produit à petite échelle de l'avocat bio et on retrouve du quinoa français en Anjou notamment. C'est d'ailleurs en privilégiant les produits locaux et de saison qu’on redécouvre d’anciennes variétés, de nouveaux goûts et surtout une qualité gustative et nutritionnelle des produits.

Il n'existe donc pas de règle stricte pour répondre à cette question. Privilégier le local plutôt que le bio à tout prix fait sens, d'autant que les consommateurs qui se posent cette question sont déjà dans une démarche de transition et privilégieront une agriculture paysanne, quoi qu'il en soit. C'est d'ailleurs vers cela qu'il faut tendre aujourd'hui, une agriculture respectueuse de l'homme et de la nature. L'agroécologie, et notamment l'agriculture biologique paysanne, sont des alternatives au modèle agricole intensif. Ce sont des modes de production durables qui mettent en avant le travail naturel du vivant (sol, air, eau, insectes, oiseaux, etc.) tout en soutenant un travail de la terre respectueuse de ce vivant.


Source : www.bioconsomacteurs.org

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